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Delerm*
Dernier Delerm, et nonobstant l’évocation que mes oreilles germaniques y perçoivent, le bruit se résume aux échos du monde, aux brides de mots volés dans la rue ou au coin d’une tablée entre amis.
Il s’apparente surtout à la rumeur de la pluie, comme elle à la fois douce et irritante.

Fascinés, on entend, on regarde, on se laisse mener d’une scénette à l’autre, revivant des tableaux du passé, reconnaissant le sourire aux lèvres et les yeux brillants des situations ô combien familières. Nous sommes en famille, en visite ou soirée, assis au cinéma, chez le coiffeur, à faire la queue chez un commerçant, ou encore en voyage dans le Pouliguen ou ailleurs – le décor et les costumes changent, cependant le spectacle reste le même.

« Et vous avez eu beau temps ? », un recueil de soixante-dix vignettes qui a une saveur qui n’est pas sans rappeler la dernière gorgée de bière. D’emblée, l’interrogation est posée et derrière d’apparentes banalités, il s’agit de questionner les signes, le mystère du langage, comprendre ce qui est dit mais surtout ce qui ne l’est pas. Deux pages suffisent pour croquer un microcosme social, pour déjouer les pièges du discours policé ou populaire. La forme brève, le ton enjoué, la critique de mœurs et les réflexions morales s’inscrivent dans la tradition des moralistes français. Certains passages se rapprochent de la maxime et font mouche : « L’honnêteté, une vertu qui semble d’évidence pour ceux qui la pratiquent, et fait jeter le voile de la méfiance sur ceux qui la revendiquent » ou « Je vaux ce qu’on m’estime, et ne suis pas assez orgueilleux pour mépriser toutes les vanités », ou encore : « Aimer, c’est avoir quelqu’un à perdre, c’est donc avoir peur ».

Désinvolte, amusé, parfois un tantinet piquant, Delerm lève les masques, montre le dessous des phrases anodines : « pour être tout à fait honnête avec toi » « on peut peut-être se tutoyer ? », « c’est pas pour dire, mais », « abruti, va ! ».
Ah ! Les coulisses du langage, pour qui sait écouter et décoder.

D’humeur polissonne et tous les sens en alerte, le lecteur butine, badine, lutine. Trois verbes certes un peu désuets, mais qui donnent bien le ton d’un texte toujours léger, au vocabulaire choisi voire précieux, aux envolées lyriques : « C’est le milieu de l’après-midi, une heure sans heure, alentie par la chaleur », un texte enfin qui sait transmettre avec humour la fraîcheur du discours sans pour autant en être dupe.

Lire Delerm, c’est partager un moment de plaisir (se faire plaisir) et surtout ne rien prendre pour argent comptant.

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« Avec l’architecture, nous pouvons faire beaucoup plus que créer de simples bâtiments. Nous pouvons aider à améliorer cette planète que nous partageons tous. »
– Jeanne Gang

Jeanne Gang Flyer 2

Que ce soit pour l’Ambassade des Etats Unis au Brésil, un hangar à bateaux sur les rives de la Chicago River ou l’Aqua Tower, une tour d’habitation qui ignore résolument le carré, les réalisations de Jeanne Gang n’ont pas fini de nous surprendre et de nous émerveiller.

C’est à partir de ses bureaux d’urbanisme et d’architecture à Chicago et New York que le Studio Gang défit les conventions avec une pratique qui intègre individu, communauté et environnement.

Mais tout ceci, vous le saviez déjà. Ce qu’on sait moins en revanche, c’est que Jeanne Gang a également étudié à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture à Versailles et qu’après avoir obtenu son diplôme à la « Harvard Graduate School of Design », elle a travaillé à Rotterdam de 1993 à 1995 avec Rem Koolhaus à des projets réalisés ensuite en France.

C’est donc dans la langue de Molière que nous aurons le plaisir d’entendre l’une des grandes personnalités du monde de l’architecture nous parler de ses années de formation en France, de ses réalisations à Chicago et partout ailleurs, de sa philosophie ainsi que des défis que posent sa vision et sa pratique de l’architecture.

Ce programme fait partie de la biennale d’architecture de Chicago.

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Les Etats Unis sont sous le feu de la rampe et annonceront leurs couleurs sous peu. Un code couleurs d’ailleurs qui échappe à la logique européenne.

Le rouge n’est plus rouge mais bleu ici….je suis donc passée d’une couleur à l’autre, sans trop comprendre, mais que comprendre de nos jours ?

Un jour particulier, un jour qui on l’espère saluera la victoire de la raison, du respect et de l’humanité – que l’on soit daltonien ou non.

 

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Confusion et amalgame

Tout le monde connaît, tout le monde en a entendu parler et tout le monde a son propre mot à dire, pourtant la confusion est fréquente, à bien des niveaux.

Académie française ? Ah, oui, j’ai adoré la dernière pièce de Molière….Une farce ? non, juste un amalgame fréquent avec le fameux théâtre de la Comédie Française qui se trouve tout proche, juste de l’autre côté du Louvre et à l’entrée du Palais Royal.
L’adjectif entraîne les esprits vers d’autres horizons et on ose à peine rectifier, marmonnant de façon évasive qu’effectivement les représentations sont toutes de qualité et qu’il est bien agréable d’y entendre Molière ou Shakespeare.

Le lieu aussi renforce les associations, Paris et ses académies, mais laquelle ? Parle-t-on du système éducatif français ? De celle de Paris, à la différence de celle de Créteil ou Nantes. Encore raté.

Mille et une académies

Il faut avouer qu’entre les mille et une académies qui sillonnent la France et l’étranger et on peut s’y perdre. Un retour aux sources n’est donc pas inutile.

Tout commence dans les jardins d’Akadêmos, près d’Athènes, nous sommes en 387 av. J. C. Platon et ses élèves se retrouvent pour disserter philosophie. L’Academia est née et le temps se charge ensuite de prospérer le nom qui devient le symbole d’intellectuels et d’érudits détenant le (un) savoir et ayant pour vocation de le diffuser.

En 1635 naît ainsi la fameuse Académie française, créée par le cardinal de Richelieu. Elle se donne pour but la défense de la langue française ; elle entérine l’usage, dans une volonté de démocratisation du français face au latin, et travaille à la rédaction d’un dictionnaire. La première édition du dictionnaire paraît en 1694.

Rapidement l’Académie élit domicile dans l’ancien collège des Quatre-Nations, quai de Conti, bâtiment érigée par l’architecte de Versailles, Louis le Vau,  et qui devient par la suite le palais de l’Institut.

Le palais abrite l’Institut de France qui lui-même n’est pas avare d’académies puisque il en regroupe cinq au total; La plus ancienne et réputée : l’Académie française, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts et enfin l’Académie des sciences morales et politiques.
Toutes ont leur rituel, leur mode de fonctionnement et leur mission.

Une seule déchaîne les passions : L’Académie française

Mais celles dont la presse tend à parler, voire critiquer, celle qui même loin de la France, déchaîne souvent les passions est bien l’Académie française, fer de lance de la langue française et ambassadrice de la culture française.

Quarante membres y siègent, en théorie, trente-huit en pratique actuellement et une fois intronisés ils n’en sortent plus qu’avec les éloges funèbres. Œuvrant selon la devise initiale de Richelieu pour l’immortalité de la langue ils sont devenus « les immortels», un raccourci qui s’explique par le respect des traditions et la volonté de s’inscrire dans l’histoire mais dont la consonance mégalomane, pour ne pas dire bouffonne, finit plus par évoquer le mausolée que la pérennité.

Fidèles aux symboles, les « immortels » portent l’uniforme de rigueur, soit l’habit vert ou plus exactement le costume foncé avec les parements de rameaux d’olivier vert et or. Bicorne, cape et épée complètent le tableau. Peu de place est laissé dans la tenue vestimentaire de chaque membre à l’expression de sa personnalité (l’épée seule permet une touche d’identité). La représentation est avant tout celle de l’unité, de la pompe, du prestige et bien sûr du passé.

Les femmes « sous la coupole »

Pourtant l’Académie a changé avec le temps et notamment depuis 1980 où une femme, Marguerite Yourcenar, pour la première fois depuis sa création est reçue sous la coupole. « Sous la coupole », est d’ailleurs devenue l’expression consacrée de l’Académie. On entend par là l’hémicycle de la chapelle du collège des Quatre-Nations où se tiennent discours, hommages et remises de prix. Le lieu revêt avec le temps une dimension sacrée et presque secrète puisqu’il n’est pas ouvert au grand public et que seuls quelques élus y pénètrent : ses membres, les lauréats des prix ou encore des visiteurs sous réserve d’invitation lors de la réception d’un nouveau membre ou durant la séance publique annuelle.

Une femme donc, enfin ! Et après plus de trois cents ans, il était temps. Marguerite Yourcenar est reconnue pour l’ensemble de son œuvre mais surtout pour son chef d’œuvre Les mémoires d’Hadrien – qui mérite pour le moins d’être accueilli au panthéon des lettres (le roman que j’emmènerais sur un île déserte si….).

Depuis, quelques autres femmes se sont vues ouvrir les portes de l’Académie, l’historienne Hélène Carrère-d’Encausse en 1990 – elle reprend ensuite la fonction de Secrétaire perpétuel en 1999 –  quelques autres femmes de lettres, Assia Djebar ou femmes politiques, Simone Veil – pour les plus connues. Le pourcentage reste cependant bien modeste, 15% de femmes actuellement, 1% au total, l’Académie resterait-elle un club réservé aux hommes ?
Je me contenterai de formuler la question et laisserai le futur prouver du contraire.

Un mythe qui soulève des questions

Mais que fait l’Académie ? L’institution a t-elle d’autres fonctions en dehors de celle de mythe sacré ? Vestige ou organe actif? Idéologie figée dans ses peurs et aveuglée par une grandeur passée ou symbole de modernité face à l’évolution de la langue ?

Le mythe tout d’abord ramène à deux concepts: celui de magie (quelque chose de plus grand et qui nous dépasse) et de fascination (qui va avec). En effet, on raille, on se rallie ; on en est, on n’en est pas – mais on reste rarement neutre. D’aucuns décrieront le lieu comme le bastion sclérosé de la bourgeoisie (Bernanos entre autres), d’autres essaieront sans relâche toute leur vie d’y entrer sans jamais parvenir à leur fin (Zola, tenace, essuiera semble-t-il 17 refus) et certains, tel Victor Hugo, se verront enfin acceptés après plusieurs tentatives infructueuses dans le cercle restreint des élus. Parmi les célèbres « immortels », 726 à ce jour (la plupart morts, Ô ironie) on compte des écrivains, des politiques,  des historiens, des hommes d’église, des militaires, des scientifiques,  des ethnologues – La palette est large et couvre tous les arts.

Mission de l’Académie française

Fidèle à sa mission d’origine, l’Académie continue son travail sur la langue, afin de l’enrichir, de l’adapter aux nouvelles réalités et de la rendre accessible à tous. Elle accueille les mots nouveaux, enregistre ce qui est passé dans le langage courant et donc installé dans l’usage commun ; elle étend le sens de mots déjà existants, en supprime ou propose d’autres pour suivre l’évolution de la langue et la pourvoir de mots justes sachant exprimer ce que les sciences ou les techniques inventent. En bref, elle pense, codifie, normalise et recommande.

Les résultats de ces efforts servent notamment à la préparation de la prochaine édition du dictionnaire. Il s’agira de la 9e, la dernière datant de 1935. La gestation alors aura mis plus d’un demi-siècle. « Tout vient à point à qui sait attendre » dit le vieil adage.

Protectrice entre autres de «l’invasion anglaise», l’Académie a donné à la langue quelques équivalents français aux mots étrangers. Certains ont eu plus de succès que d’autres, pour exemple courriel  qui remplace sans trop de peine ni contrainte l’anglais email, ou encore numérique qui supplante au quotidien digital. Elle suggère aussi, et de façon plus ou moins suivie, des synonymes tels que le français marque ou étiquette pour l’anglais label, des expressions comme retour en arrière pour flashback ou en plein air pour outdoor. Elle accepte cependant les mots passés dans les mœurs et d’origine variée tels que Ersatz (allemand), best-seller (anglais), nouba (arabe), gourou (hindi), patio (espagnol) ou encore pacha (turc).

Je renvoie pour plus d’exemples et d’explication au site de l’Académie française : http://www.academie-francaise.fr (informatif, à jour et agréable à lire).

Plusieurs intervenants participent au travail de l’Académie française

Pour ce travail de longue haleine, l’Académie a recours à plusieurs intervenants, ses membres tout d’abord, organisés en différentes commissions internes, au support extérieur et ponctuel d’experts et de passionnés mais surtout à son service du dictionnaire. Cet organisme composé d’une dizaine de spécialistes de la langue travaille, rédige et soumet le fruit de ses recherches aux membres de l’Académie qui chaque jeudi se réunissent afin de valider les acquis. Organe de communication, le service du dictionnaire répond aussi aux courriers des lecteurs et entretient un contact direct avec le public.

Séance publique annuelle, le 5 décembre dernier…

L’Académie se veut le soutien des arts, accorde des bourses et décerne chaque année des prix à quelques dizaines de lauréats en honneur de leur contribution à la diffusion de la langue et de la culture françaises. Les prix couvrent la littérature, la francophonie, le roman, la poésie, la philosophie, le cinéma, le théâtre, la biographie historique, etc. Ils sont remis lors de la séance publique annuelle, le premier jeudi de décembre.

La garde républicaine accompagne en ce jour solennel l’arrivée des membres de l’Académie qui viennent rejoindre dans le silence d’une audience debout et silencieuse leurs fauteuils situés sous la coupole. Trois discours ensuite sont tenus, celui de remise des prix aux lauréats avec quelques lignes dédiées à leurs œuvres, le discours du Secrétaire perpétuel sur la langue française et enfin celui de rigueur sur la Vertu fait par un membre désigné pour l’exercice.

L’expérience dure environ deux heures et demie. Elle est impressionnante et hors du temps. On y assiste comme à une messe, si ce n’est avec conviction, pour le moins avec respect. Les propos résonnent, font écho aux siècles qui les ont précédés. Les mots prennent de l’ampleur; l’ovale de la coupole sacralise le moment et ajoute à l’émotion des lauréats primés ainsi qu’à celui des invités.

Election d’un nouvel Académicien et honneur à la francophonie

Depuis cet événement hors du commun, l’Académie a élu un nouveau membre. Il remplace au fauteuil Numéro 2 l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, mort en juin 2012.

Jeune (tout est relatif bien-sûr), d’origine haïtienne et de nationalité canadienne, l’écrivain Dany Laferrière rejoint le groupe des « immortels ». Connu notamment pour son très beau roman L’énigme du retour (prix Médicis 2009) et sans doute un peu moins (des Académiciens et Académiciennes) pour Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (bien que le titre soit plus accrocheur, avouons-le ), Laferrière apporte par sa francophonie et son parcours international un vent frais sous la coupole.

On espère quelques intéressantes suggestions linguistiques qui viendront enrichir la langue de Voltaire et reflèteront mieux ce que le français se doit d’être, soit le représentant d’une langue parlée par des millions de personnes, la plupart hors de l’hexagone et loin de la poussière du quai Conti.