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Chicago le 19 février 2017.jpg

A Chicago, un dimanche de février.
Tout devrait être immobile dans la glace.

Aujourd’hui pourtant,
le jour se pare de bleu et de vie.

Il est midi, près du lac.
Le microcosme de la ville se retrouve.
Epaules dénudées, pieds enfin libérés.

A l’horizon, un trait rose traverse un fin duvet blanc,
ciel et eau se confondent presque.
L’image est irréelle, comme retouchée.

Les pique-niques s’improvisent au son de radios calées entre deux pierres.
Les livres s’ouvrent puis se referment sur les visages endormis.
Les heures passent.
Jeux d’enfants, vélos azurés, coureurs aux maillots fluorescents.

Emerveillé, tout le monde devient photographe.
De gros appareils pendent parfois même au cou des badauds.
La caméra prolonge le regard,
Elle cherche à immortaliser la sensation de joie qu’engendre un jour printanier au cœur de l’hiver.

Lentement les armures tombent.
Etourdis par l’air chaud et les premiers rayons de soleil, les passants se voient enfin.
Bouches mollement arrondies, ils se sourient – heureux sans trop savoir pourquoi.

Le bleu du lac rejaillit au fond des yeux.
Seul ou non, chacun se retrouve entouré.
Le tableau force l’admiration.

Un nuage soudain dessine des tâches sur la surface étale,
cercles et volutes blanches

capturent l’attention.
Le temps oscille entre harmonie et beauté.

Chicago le 19 février 2017 -2.jpg

Citronnier NarbonneTrois pièces entourent l’atrium, comme auraient dit les Latins, toutes partagent la même vue, celle d’un citronnier devenu géant au fil des ans. Les fruits pendent agglutinés les uns aux autres ; oblongs ils ont l’écorce rugueuse et dure, passent du vert foncé au vert tendre, puis au jaune éclatant. Ils ont peu de jus, quelques gouttes seulement qu’il faut extraire avec patience – une essence intense à l’arôme âcre et riche. Les feuilles denses protègent les agrumes et apportent la fraîcheur au lieu.

Je jette un regard furtif sur l’atrium ensoleillé et repense au magnifique poème de Goethe, sur le pays où poussent les citronniers. L’Italie pour lui et toutes ses promesses de joie, le midi plus simplement pour moi, suave et généreux.

Kennst du das Land, wo die Zitronen blüh’n,
Im dunkeln Laub die Goldorangen glüh’n,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht,

Dahin! Dahin
Möcht’ ich mit dir, o mein Geliebter, zieh’n.

Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder stehn und seh’n mich an:
Was hat man dir, du armes Kind, getan?
Kennst du es wohl?

Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, zieh’n.

Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg;
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl?

Dahin! Dahin
Geht unser Weg! o Vater, laß uns zieh’n!

Gedicht von Goethe –  “Mignon”

Genêts PeyrepertuseEntre champs et forêts de sapins, au pied des montagnes, quelques buissons résistent à l’aridité du lieu. Sauvages et heureux avec peu, ils reflètent le soleil, absorbent et renvoient ses rayons.
Au pays des oliviers papillonnent les bourgeons d’or.

Le paysage semble immuable, inscrit à jamais dans les terres, et si les vignes adroitement alignées ne venaient au fil des kilomètres ponctuer le décor, on pourrait encore se croire à l’époque cathare.

Grappes fleuries, arbrisseaux souples et robustes, sarments ancestraux,
Pins, lande et roche calcaire,
Le temps a un goût d’éternité.

Lauriers roses

*
Il est bientôt midi, tout le monde semble assoupi.

Nous descendons sous l’allée de Lauriers. L’arbuste mythique fait parti du paysage ici. Il est partout, en pot ou sous une forme imposante, une débauche de couleurs où le rose vif l’emporte parmi toutes les autres.

Mille variétés nous entourent, elles sont toutes différentes, lumineuses et odorantes. On dit l’espèce dangereuse, et pourtant fleurs, feuilles et rameaux parlent d’harmonie et de douceur.

Dix minutes de marche lente au frais de la tonnelle ombragée, et nous arrivons enfin à une longue bande de sable léchée par les vagues.

*

photo lavande

Des insectes voltigent affairés autour du bosquet en mouvance, le lutinent et se gorgent de nectar. La journée s’achève sur le jardin paisible. Nonchalante une silhouette passe, frôle du bout des doigts les épis ondoyants, attrape au hasard quelques tiges, les frotte dans le creux de ses mains à demi refermées.

Un parfum chaud monte de l’été.

TulipesSi au Japon, les symboles des saisons sont le chrysanthème, le prunier, l’orchidée et le bambou, qu’en est-il de la tulipe ?

Courte sur pieds, elle est au prime abord sobre et austère, toute absorbée en son mystère. Puis peu à peu elle s’amadoue, laisse tomber ses voiles, un à un, pour finalement finir radieuse et offerte.

Corolle calice
Pétales pistils
Ô monde merveilleux
« si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot”.

Et sans elles, un tableau noir, un champ vierge que l’artiste n’a pas encore visité.