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« Le minuscule, porte étroite s’il en est, ouvre un monde » selon Bachelard, une citation qui aurait pu servir d’ouverture au recueil de Florence Noiville « Ecrire c’est comme l’amour », paru en anglais sous le nom encore plus évocateur de « Literary miniatures ».

Ce monde, c’est en l’occurrence celui d’une trentaine d’hommes et de femmes qui ont franchi le seuil de mots et sont entrés en littérature, par la grande porte ou bien par une plus dérobée. Car si beaucoup ont des consonances familières et sont sur la liste selecte du prix Nobel (Saul Below, Nadine Gordimer, Toni Morrison ou Imre Kertesz), d’autres arrivent avec pour bagage quelques livres et un nom encore étranger au lecteur (Carlos Liscano ou Ersi Sotiropoulos).

L’échelle est celle des miniaturistes – vue plongeante, surplombante qui nous mène par des chemins de traverse au cœur du sujet. En très peu de pages et quelques touches choisies-réduites, Noiville dresse un portrait vivant ; elle explore l’invisible, touche à l’universel et l’intime. Elle éveille surtout l’envie de plonger dans chaque œuvre, d’en savoir plus ou de se laisser guider vers l’inconnu.

L’entretien a lieu de préférence dans un lieu familier entouré des objets du quotidien ; l’escargot est pris dans sa coquille, quand il ne se rétracte pas. Certains se prêtent au jeu, d’autres moins. Et si Antonio Lobo Antunes compte parmi ces derniers, il aura au moins sans le savoir contribuer avec une certaine poésie au titre français du recueil. Parfois sympathiques, parfois froids, accessibles ou distants, quelques traits permettent de rendre l’atmosphère, campent un caractère ou révèlent une obsession. La description gagne vite en couleurs et profondeur. Les citations se mêlent aux brides de conversation ; la voix résonne comme les silences qui toujours en disent longs. Entre les lignes ou plutôt au delà de celles-ci, le portrait apparait, en chair et en os – en creux souvent. Il est toujours saisissant.

Chaque portrait-miniature est paru dans la presse lors de ces vingt dernières années (« Le monde des livres »). Regroupés dans un livre, ils nous font voyager dans le temps, d’un pays et d’une langue à l’autre – une agréable façon de revoir, découvrir, marcher à la rencontre De Mario Vargas Llosa, campé à deux reprises, Amos Oz, Cees Nooteboom, Herta Müller, Aharon Appelfeld et bien d’autres.

 

une femme d’un autre temps,
une femme dont le nom et le titre évoquent l’aisance et la lignée,
une femme de plume,
une femme de lettres,
une femme de tête – celle qui la tient si bien à Napoléon en personne,
une femme qui transcende les genres,
une femme adulée, courtisée par l’élite intellectuelle de l’époque,
une femme tout court, faite de contradictions, pleine d’émotion, d’une énergie rare,
une femme qu’on aimerait croiser, non sans craintes mais certes tout en admiration….

…enfin une femme sur laquelle vous apprendrez bien plus si vos pas vous mènent vers le salon de l’Alliance vendredi 20 mai à 18h30.

On y fera conversation, comme il fut de coutume au 18e et 19e siècles.
On y écoutera de la musique jouée avec brio.
On y goûtera ensuite quelques mets simples mais raffinés.

Littérature et musique mais aussi histoire, philosophie et politique s’invitent donc à l’Alliance pour une soirée d’exception.

Le Salon

ImageDonner accès à l’éducation, première pierre dans l’édifice de la liberté…une évidence mais qui cependant doit être rappelée, et pour laquelle il est toujours bon d’œuvrer, s’engager. C’est ce que se propose l’association « Blooming, s’épanouir à l’école » nouvellement fondée par Nadia Haton et composée de plusieurs personnes dont le parcours diffère mais que les talents et la volonté humanitaire regroupent.

Blooming apporte actuellement son aide en Inde, mais d’autres projets suivront, partout où le manque de possibilités et de moyens empêchent aux enfants d’accéder à la connaissance, et donc à la pleine réalisation de soi.

Les façons d’aider sont multiples. Elles se font sous forme de donations sachant qu’un apport financier minime peut sécuriser une année scolaire pour un enfant de Bangalore ou bien permettre d’élever le niveau général de l’école locale ; sous forme de volontariat sur place ou à distance ; mais encore via toute action de sensibilisation et de diffusion.

Pour preuve ce billet qui j’espère, vous fera cliquer sur le site de Blooming, au nom aussi bien choisi que prometteur : http://blooming-sepanouiralecole.org.


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Confusion et amalgame

Tout le monde connaît, tout le monde en a entendu parler et tout le monde a son propre mot à dire, pourtant la confusion est fréquente, à bien des niveaux.

Académie française ? Ah, oui, j’ai adoré la dernière pièce de Molière….Une farce ? non, juste un amalgame fréquent avec le fameux théâtre de la Comédie Française qui se trouve tout proche, juste de l’autre côté du Louvre et à l’entrée du Palais Royal.
L’adjectif entraîne les esprits vers d’autres horizons et on ose à peine rectifier, marmonnant de façon évasive qu’effectivement les représentations sont toutes de qualité et qu’il est bien agréable d’y entendre Molière ou Shakespeare.

Le lieu aussi renforce les associations, Paris et ses académies, mais laquelle ? Parle-t-on du système éducatif français ? De celle de Paris, à la différence de celle de Créteil ou Nantes. Encore raté.

Mille et une académies

Il faut avouer qu’entre les mille et une académies qui sillonnent la France et l’étranger et on peut s’y perdre. Un retour aux sources n’est donc pas inutile.

Tout commence dans les jardins d’Akadêmos, près d’Athènes, nous sommes en 387 av. J. C. Platon et ses élèves se retrouvent pour disserter philosophie. L’Academia est née et le temps se charge ensuite de prospérer le nom qui devient le symbole d’intellectuels et d’érudits détenant le (un) savoir et ayant pour vocation de le diffuser.

En 1635 naît ainsi la fameuse Académie française, créée par le cardinal de Richelieu. Elle se donne pour but la défense de la langue française ; elle entérine l’usage, dans une volonté de démocratisation du français face au latin, et travaille à la rédaction d’un dictionnaire. La première édition du dictionnaire paraît en 1694.

Rapidement l’Académie élit domicile dans l’ancien collège des Quatre-Nations, quai de Conti, bâtiment érigée par l’architecte de Versailles, Louis le Vau,  et qui devient par la suite le palais de l’Institut.

Le palais abrite l’Institut de France qui lui-même n’est pas avare d’académies puisque il en regroupe cinq au total; La plus ancienne et réputée : l’Académie française, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts et enfin l’Académie des sciences morales et politiques.
Toutes ont leur rituel, leur mode de fonctionnement et leur mission.

Une seule déchaîne les passions : L’Académie française

Mais celles dont la presse tend à parler, voire critiquer, celle qui même loin de la France, déchaîne souvent les passions est bien l’Académie française, fer de lance de la langue française et ambassadrice de la culture française.

Quarante membres y siègent, en théorie, trente-huit en pratique actuellement et une fois intronisés ils n’en sortent plus qu’avec les éloges funèbres. Œuvrant selon la devise initiale de Richelieu pour l’immortalité de la langue ils sont devenus « les immortels», un raccourci qui s’explique par le respect des traditions et la volonté de s’inscrire dans l’histoire mais dont la consonance mégalomane, pour ne pas dire bouffonne, finit plus par évoquer le mausolée que la pérennité.

Fidèles aux symboles, les « immortels » portent l’uniforme de rigueur, soit l’habit vert ou plus exactement le costume foncé avec les parements de rameaux d’olivier vert et or. Bicorne, cape et épée complètent le tableau. Peu de place est laissé dans la tenue vestimentaire de chaque membre à l’expression de sa personnalité (l’épée seule permet une touche d’identité). La représentation est avant tout celle de l’unité, de la pompe, du prestige et bien sûr du passé.

Les femmes « sous la coupole »

Pourtant l’Académie a changé avec le temps et notamment depuis 1980 où une femme, Marguerite Yourcenar, pour la première fois depuis sa création est reçue sous la coupole. « Sous la coupole », est d’ailleurs devenue l’expression consacrée de l’Académie. On entend par là l’hémicycle de la chapelle du collège des Quatre-Nations où se tiennent discours, hommages et remises de prix. Le lieu revêt avec le temps une dimension sacrée et presque secrète puisqu’il n’est pas ouvert au grand public et que seuls quelques élus y pénètrent : ses membres, les lauréats des prix ou encore des visiteurs sous réserve d’invitation lors de la réception d’un nouveau membre ou durant la séance publique annuelle.

Une femme donc, enfin ! Et après plus de trois cents ans, il était temps. Marguerite Yourcenar est reconnue pour l’ensemble de son œuvre mais surtout pour son chef d’œuvre Les mémoires d’Hadrien – qui mérite pour le moins d’être accueilli au panthéon des lettres (le roman que j’emmènerais sur un île déserte si….).

Depuis, quelques autres femmes se sont vues ouvrir les portes de l’Académie, l’historienne Hélène Carrère-d’Encausse en 1990 – elle reprend ensuite la fonction de Secrétaire perpétuel en 1999 –  quelques autres femmes de lettres, Assia Djebar ou femmes politiques, Simone Veil – pour les plus connues. Le pourcentage reste cependant bien modeste, 15% de femmes actuellement, 1% au total, l’Académie resterait-elle un club réservé aux hommes ?
Je me contenterai de formuler la question et laisserai le futur prouver du contraire.

Un mythe qui soulève des questions

Mais que fait l’Académie ? L’institution a t-elle d’autres fonctions en dehors de celle de mythe sacré ? Vestige ou organe actif? Idéologie figée dans ses peurs et aveuglée par une grandeur passée ou symbole de modernité face à l’évolution de la langue ?

Le mythe tout d’abord ramène à deux concepts: celui de magie (quelque chose de plus grand et qui nous dépasse) et de fascination (qui va avec). En effet, on raille, on se rallie ; on en est, on n’en est pas – mais on reste rarement neutre. D’aucuns décrieront le lieu comme le bastion sclérosé de la bourgeoisie (Bernanos entre autres), d’autres essaieront sans relâche toute leur vie d’y entrer sans jamais parvenir à leur fin (Zola, tenace, essuiera semble-t-il 17 refus) et certains, tel Victor Hugo, se verront enfin acceptés après plusieurs tentatives infructueuses dans le cercle restreint des élus. Parmi les célèbres « immortels », 726 à ce jour (la plupart morts, Ô ironie) on compte des écrivains, des politiques,  des historiens, des hommes d’église, des militaires, des scientifiques,  des ethnologues – La palette est large et couvre tous les arts.

Mission de l’Académie française

Fidèle à sa mission d’origine, l’Académie continue son travail sur la langue, afin de l’enrichir, de l’adapter aux nouvelles réalités et de la rendre accessible à tous. Elle accueille les mots nouveaux, enregistre ce qui est passé dans le langage courant et donc installé dans l’usage commun ; elle étend le sens de mots déjà existants, en supprime ou propose d’autres pour suivre l’évolution de la langue et la pourvoir de mots justes sachant exprimer ce que les sciences ou les techniques inventent. En bref, elle pense, codifie, normalise et recommande.

Les résultats de ces efforts servent notamment à la préparation de la prochaine édition du dictionnaire. Il s’agira de la 9e, la dernière datant de 1935. La gestation alors aura mis plus d’un demi-siècle. « Tout vient à point à qui sait attendre » dit le vieil adage.

Protectrice entre autres de «l’invasion anglaise», l’Académie a donné à la langue quelques équivalents français aux mots étrangers. Certains ont eu plus de succès que d’autres, pour exemple courriel  qui remplace sans trop de peine ni contrainte l’anglais email, ou encore numérique qui supplante au quotidien digital. Elle suggère aussi, et de façon plus ou moins suivie, des synonymes tels que le français marque ou étiquette pour l’anglais label, des expressions comme retour en arrière pour flashback ou en plein air pour outdoor. Elle accepte cependant les mots passés dans les mœurs et d’origine variée tels que Ersatz (allemand), best-seller (anglais), nouba (arabe), gourou (hindi), patio (espagnol) ou encore pacha (turc).

Je renvoie pour plus d’exemples et d’explication au site de l’Académie française : http://www.academie-francaise.fr (informatif, à jour et agréable à lire).

Plusieurs intervenants participent au travail de l’Académie française

Pour ce travail de longue haleine, l’Académie a recours à plusieurs intervenants, ses membres tout d’abord, organisés en différentes commissions internes, au support extérieur et ponctuel d’experts et de passionnés mais surtout à son service du dictionnaire. Cet organisme composé d’une dizaine de spécialistes de la langue travaille, rédige et soumet le fruit de ses recherches aux membres de l’Académie qui chaque jeudi se réunissent afin de valider les acquis. Organe de communication, le service du dictionnaire répond aussi aux courriers des lecteurs et entretient un contact direct avec le public.

Séance publique annuelle, le 5 décembre dernier…

L’Académie se veut le soutien des arts, accorde des bourses et décerne chaque année des prix à quelques dizaines de lauréats en honneur de leur contribution à la diffusion de la langue et de la culture françaises. Les prix couvrent la littérature, la francophonie, le roman, la poésie, la philosophie, le cinéma, le théâtre, la biographie historique, etc. Ils sont remis lors de la séance publique annuelle, le premier jeudi de décembre.

La garde républicaine accompagne en ce jour solennel l’arrivée des membres de l’Académie qui viennent rejoindre dans le silence d’une audience debout et silencieuse leurs fauteuils situés sous la coupole. Trois discours ensuite sont tenus, celui de remise des prix aux lauréats avec quelques lignes dédiées à leurs œuvres, le discours du Secrétaire perpétuel sur la langue française et enfin celui de rigueur sur la Vertu fait par un membre désigné pour l’exercice.

L’expérience dure environ deux heures et demie. Elle est impressionnante et hors du temps. On y assiste comme à une messe, si ce n’est avec conviction, pour le moins avec respect. Les propos résonnent, font écho aux siècles qui les ont précédés. Les mots prennent de l’ampleur; l’ovale de la coupole sacralise le moment et ajoute à l’émotion des lauréats primés ainsi qu’à celui des invités.

Election d’un nouvel Académicien et honneur à la francophonie

Depuis cet événement hors du commun, l’Académie a élu un nouveau membre. Il remplace au fauteuil Numéro 2 l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, mort en juin 2012.

Jeune (tout est relatif bien-sûr), d’origine haïtienne et de nationalité canadienne, l’écrivain Dany Laferrière rejoint le groupe des « immortels ». Connu notamment pour son très beau roman L’énigme du retour (prix Médicis 2009) et sans doute un peu moins (des Académiciens et Académiciennes) pour Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (bien que le titre soit plus accrocheur, avouons-le ), Laferrière apporte par sa francophonie et son parcours international un vent frais sous la coupole.

On espère quelques intéressantes suggestions linguistiques qui viendront enrichir la langue de Voltaire et reflèteront mieux ce que le français se doit d’être, soit le représentant d’une langue parlée par des millions de personnes, la plupart hors de l’hexagone et loin de la poussière du quai Conti.

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Le nom commence par un « A » mais il aurait aisément pu choisir une lettre de l’alphabet moins convoitée telle que le « W » pour  un simple « wow », et sa place dans le bottin gastronomique n’en aurait pas moins été au tout début. Alinea, le restaurant de Chicago ouvert en 2005, par le chef américain Grant Achatz est aussi spectaculaire que sa renommée.

Alliance de sobriété et de raffinement, on est transporté. Les articles élogieux font légion, car il est nécessaire de mettre en mots les mets, formuler ce que les sensations appréhendent sans complètement pouvoir cerner. Manger pour subsister, manger pour rester en bonne santé, manger pour le plaisir, manger pour compenser, manger pour penser, manger à toutes les sauces.…la grande préoccupation de chacun, devient ici une expérience aussi intellectuelle que physique. Corps et âme enfin en harmonie, on se prête au cérémonial, se laisse aller, bien calé dans son fauteuil, s’ouvre, tous les sens en alerte, aux joies de l’inconnu.

Le restaurant se trouve dans le quartier de Lincoln, sur une rue passagère et le bâtiment en forme de cube gris, aux fenêtres drapées de voiles blancs ne laisse rien filtrer de l’extérieur. Il n’y a rien de clinquant, pas même de visible pour les non-initiés. Car c’est bien sur le concept d’initiation, de passage rituel qu’Alinea joue. La pénombre et le couloir étroit en forme de boyau frappent à l’entrée, des sortes d’alambics en verre pendent de part et d’autre des parois, puis avant que l’esprit ait mis un mot sur l’impression vécue, une porte métallique s’ouvre sur une pièce claire, aux meubles noirs laqués. L’atmosphère se veut minimaliste. Les tables, sans nappes, sont nues à l’exception d’une serviette blanche pliée en deux pour accueillir chaque convive, la lumière est diffusée par quelques appliques montées au plafond, l’ambiance est élégante, sobre. Plusieurs serveurs, en costume gris, arrivent, courtois, aimables et discrets –  en bref et depuis le pas de la porte, le ton est juste – sans fausse note.

Tout juste installés, la cérémonie commence. Un premier serveur fournit quelques brèves explications du repas, sert un verre d’eau pétillante, rapidement suivi d’une coupe de champagne et d’un amuse bouche présenté sur une cuiller à café. Une bouchée de caviar ouvre les papilles sur une touche salée, fraîche. Voilà, on est prêt pour se lancer dans l’expérience.

Les plats ne tardent pas, quatorze en tout, tous plus spectaculaires les uns que les autres. Les saveurs sont mises en scène, savamment. On regarde émerveillé, suit avec attention les consignes des serveurs et participe parfois à la pièce qui se joue devant soi.

Enoncer les plats, c’est encore les revivre et donc rêver, saliver sur :

  • une mousse de lapin agrémentée de fleurs de cerisiers et de wasabi
  • un ceviche de saint Jacques
    (ce plat est particulièrement beau car il est servi dans un récipient massif en terre noire, assis sur un lit de glace. Du récipient se dégage une vapeur blanche qui se répand en volutes sur la table ; les yeux ne discernent tout d’abord rien qu’un nuage opaque, puis la coquille ouverte, et le voile blanc s’évaporant, les mollusques apparaissent, prennent forme surtout dans la bouche, quand le goût succède à la vue)
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  • crabe et fleur de courgette frite avec safran et cardamone
    (une palette de jaune et d’orange rehaussée par un verre de San Gimignano de couleur ambre)
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  • cubes de poissons et tofu japonais avec gorgée de bière et saké
    (en guise d’assiette nous avons cette fois une ardoise sur laquelle se trouvent deux morceaux de bois noirs couleur d’ébène. Tofu et poisson sont délicatement posés sur le bois, une flamme au bout les illumine et donne une allure féérique au plat)
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  • joues de veau, champignons, cassis et goût de forêt dissimulé sous un nuage de coton blanc aux saveurs de viande
    (un bol dont seul ressort la coupe de mousse blanche, il faut la soulever pour atteindre le mélange plus robuste du dessous. Les « hum… » sans autre forme de commentaires parlent ensuite mieux que les mots)
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  • consommé de pomme de terre froid, avec truffes et boulettes de pommes de terre chaudes
    (la coupelle est blanche, sur le côté se trouve une fine tige en fer sur laquelle sont enfilés de minuscules morceaux de pommes de terre, au bout se tient une lamelle de truffe noire. On tire la tige doucement et les morceaux en équilibre tombent dans le liquide froid. Le tout se boit d’une traite, en laissant agir les contrastes : textures, températures et intensités)
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  • Médaillons de canard à déguster avec multiples condiments
    (Il s’agit bien du point culminant du menu. Quatre magrets de canard assis sur un lit de porcelaine blanche, attendent d’être mariés, selon l’envie, à des touches pimentées, poivrées, sucrées, toutes présentées sur une plaque de verre transparente au centre de la table. Goutte de gingembre, rondelles d’olive, grains de moutarde, atomes d’ail, fragments de fruits confits, noix de pecan grillée, feuilles de thym, de romarin ou basilique, pointe de chocolat, perle de violette, trace de cassis, etc. créent un échiquier de flagrance et couleurs qu’on ose à peine bouger. Alliage de délicatesse et profusion, le résultat est impressionnant).
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  • Ravioli garni de truffe noire et parmesan
    (explosion des saveurs et transition vers la partie sucrée du repas – sobre mais efficace)
  • Eventail de cinq petits dés piqués de gingembre montés au bout d’une courte tige métallique
    (un crescendo piquant et poivré)
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  • Ballon d’hélium à la pomme
    (deux ballons qu’il faut embrasser, inhaler pour manger, la tige est en pâte sucrée. Le plat est un jeu, on s’y prête en riant)
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  • Fraises et noix de pignon
    (sans doute le plus traditionnel des plats servis, délicieux au demeurant)
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  • Crème de framboises et extrait de rose
    (on se fait apprenti chimiste pour un moment et glisse une pipette en verre au bout trempé dans une préparation à la rose dans une bouteille remplie d’un lait de framboises. La satisfaction est ici surtout dans le jeu et les couleurs, moins peut-être dans le goût.
  • Gâteau au chocolat et meringue, sauce vanille et violette, fondant au noisettes
    (le dernier plat est le plus orchestré, voire théâtral. La table est recouverte d’une nappe en plastique, quelques pots blancs sont déposés en bordure ainsi qu’un cercle léger en aluminium au centre. Le chef arrive et se lance dans une composition sous les yeux ravis des convives. Ses doigts agiles saupoudrent à l’intérieur du moule une pâte sucrée, puis verse une sauce épaisse de chocolat chaud, ajoute des nuages de meringue au lait, enfin jette sur le tout des cristaux de violette. A l’extérieur du cercle, la cuiller dessine des rayons blancs de vanille, d’autres rouges à la violette, quelques gouttes éparses donnent enfin le ton final. La présentation est fantastique, le tableau très réussi, on mange littéralement avec ses yeux. Mais ces saveurs douces et riches ne seraient-elles pas presque trop entêtantes pour clore un repas sinon tout en finesse ? L’équilibre des sens est complexe, et nous voilà de toutes façons plus que rassasiés en fin de parcours, laissons les autres sens prendre le relai des papilles déjà comblées.

Deux heures et demie plus tard, on quitte la scène en gardant en mémoire le voyage des goûts, des couleurs, et des parfums. A Alinea, aucune sensation n’est brute ; tout est transmutation et élégance ; que ce soit des produits de base utilisés dans les mets, aux couverts créés spécialement pour chaque plat ou encore à l’ambiance générale du lieu. Le convive est actif, participe à la pièce et l’expérience est totale ; Chaque détail est revu, soupesé, corrigé.

Comme le sas d’entrée le laissait penser, l’alambic est donc sans doute, la meilleure métaphore pour Alinea, car il distille, pressurise, extrait. Il nécessite enfin une technique, utilise des propriétés chimiques, mais reste avant tout et surtout Magique.

ImageLa soprano, Nathalie Colas et le pianiste, Daniel Schlosberg, seront le 4 avril 2013 à Chicago (Abraham Lincoln Elementary School – 615 West Kemper Place, Chicago 60614) pour un Récital de mélodies françaises (18h-19h30).

Le programme couvrira des morceaux classiques tirés de poèmes connus ainsi que des chansons plus populaires et fera participer les élèves de l’école franco-américaine de Chicago (EFAC) ainsi que d’Abraham Lincoln Elementary School.

Pour le programme choisi

Lecture : La Tulipe, poème de Robert Desnos

Chant: Le Papillon et la fleur, poème de Victor Hugo       – – –  G. Fauré

 

Lecture : deux fables de Jean de La Fontaine

Chant: Le Corbeau et le Renard – – – –  B. Godard

 

Lecture : L’enfant qui a la tête en l’air, poème de Claude Roy

Chant : quatre chansons pour enfants – – –  F. Poulenc

La tragique histoire du petit René, poème de Jaboune

Nous voulons une petite soeur, poème de Jean Nohain

Le petit garçon trop bien pensant, poème de Jaboune

Monsieur Sans-Souci, poème de Jaboune

** pause **

Chocolat Chaud : morceau chanté par les élèves de la chorale Française de Lincoln

 

Chant : La Pastorale des Cochons Roses, poème d’Edmond Rostand – – –  E. Chabrier

Chant : Villanelle des petits Canards, poème de Rosemonde Gérard

 

Chant : Les feuilles mortes – – –  J. Kosma

Chant : La vie en Rose – – –  M. Monnot

 

Lecture : Les oiseaux perdus, poème de Maurice Carême,

Chant : Romance de l’Etoile, extrait de L’Etoile – – –  E. Chabrier

Chant : «Ah que j’aime les militaires » extrait de La Grande Duchesse de Gerolstein – – –  J. Offenbach

Le soprano en quelques mots 

Nathalie Colas est née à Strasbourg, en France. Elle est diplômée de l’université de DePaul School of Music à Chicago. Elle est aussi titulaire d’un master de chant classique et de musique de chambre baroque du Conservatoire Royal de Bruxelles, en Belgique ainsi que d’un master du Studio d’Opéra, de l’Université des Arts de Berne, en Suisse.
Dans le cadre de la classe Internationale de Lied d’Udo Reinemann à Bruxelles, Nathalie a étudié la mélodie et le Lied avec, entre autres, Edith Wiens, Roger Vignoles et Hartmut Holl.

Son répertoire est riche et varié.

Elle a interprété pour l’opéra les rôles de:

–       Despina, dans Cosi Fan Tutte de Mozart

–       Julia dans Romeo und Julia de Boris Blacher

–       Serpina dans Il Curioso Indiscreto d’Anfossi

–       Rosina dans Il Barbiere di Siviglia de Paisiello

–       Alceste dans Antigona de Myslivecek

–       Amaryllis dans Dido and Aneneas de Purcell

Elle a chanté en tant que soliste de concert:

–       la Trauerode de J-S Bach

–       la Messe en ut de F.X. Richter

–       la Messe Solennelle de Gounod

–       le Requiem de Dvorak

–       la Messe en Si de Schubert

–       une série de concert du « Chicago Bach Ensemble », cantates BWW 82 et BWV57

Elle est aussi l’une des solistes du « Fonema Consort », ensemble de musique contemporaine de Chicago.

Elle a participé enfin aux créations d’œuvres d’Aperghis, de Dusapin et de Christophe Bertrand et réalisé un enregistrement de créations par de jeunes compositeurs européens avec l’ensemble vocal “Voix de Stras”.

Pour plus d’info, voir son site: http://www.nathalie-colas.com/

A travers trois éminentes voix franco-arabes de notre temps: Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf et Yasmina Khadra

Nés au Maroc, au Liban et en Algérie, ils comptent parmi les écrivains les plus célèbres de France. Ils écrivent en français et s’interrogent sur des points complexes, tels que ceux de identité culturelle, de l’appartenance, de la langue, de la religion et de la politique. Reconnus par quelques-uns des prix les plus prestigieux de la littérature française, ils se posent, dans des genres littéraires différents (essai, conte philosophique ou roman) des questions sur leur époque et l’expérience humaine au sens large.

Le cours sera axé sur les livres suivants:

–       La nuit sacrée (1987), Tahar Ben Jelloun

–       Les Identités meurtrières (1998), Amin Maalouf

–       Ce que le jour doit à la nuit (2008), Yasmina Khadra

Reflections on the notion of identity in three prominent Franco-Arab voices of our time: Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf and Yasmina Khadra

Born in Morocco, Lebanon, and Algeria, the three are among France’s most celebrated writers. Writing in French they investigate complicated questions; those of cultural identify, belonging, language, religion, and politics. Recognized with some of the most prestigious prizes in French literature, they reflect, across various literary genres (fiction or non-fiction), on their time and broader human experience.

The class will focus on the following works:

–       The sacred night (1987), Tahar Ben Jelloun

–       In the Name of Identity: Violence and the Need to Belong (1998), Amin Maalouf

–       What the day owns the night (2008), Yasmina Khadra

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A partir de février 2013, le mercredi de 7h45 à 9h45, à l’Alliance Française de Chicago

Starts February 2013, every Wednesday 7 :45PM to 9 :45PM, at the Alliance Française of Chicago