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bourgeoisie


Discover Flaubert’s masterpiece in English translation with some excerpts in French! (from beginners to proficient students)

Emma Bovary, the tragic heroine of Flaubert’s masterwork has become the iconic figure full of idealistic romantic illusions and the consequent discontents.

The wildly passionate Emma is unhappily married to Charles Bovary, a dull and mediocre country doctor. Bored with provincial bourgeois reality she dreams of a better life. She seeks escapes in adulterous affairs, and lives beyond her means running up enormous debts. Ruined, disillusioned and in despair she finally commits suicide by ingesting arsenic.

The class will explore Flaubert’s style and attention to details as well as cultural and social aspects of France in 19th century, such as the French bourgeoisie, and the limited role of women in a male-dominated society.

The course will be conducted in English and French.
Book: Madame Bovary translated by Lydia Davis

Alliance Française de Chicago – Cours de littérature session Printemps 2012

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Balzac avait déjà dans Eugénie Grandet traité de la paternité et de l’importance de l’argent. On y voyait l’avarice du père Grandet côtoyer la générosité de sa fille, l’or triomphé des sentiments et la pureté finalement vaincue. Les thèmes réapparaissent dans Le Père Goriot et si l’approche ainsi que les retombées sont différentes, il n’en reste pas moins que la paternité comme l’argent restent les deux grands moteurs de l’histoire.
Goriot est père, Goriot est deux fois père, Goriot est le père eternel. Il est celui dont la vie ne tourne qu’autour du bonheur de ses deux filles : Anastasie et Delphine qu’il idolâtre. L’argent, quant à lui, est ce qui décrit les jeunes femmes. Il les motive, les définit. Pour arriver dans le monde, s’en faire accepter et entretenir leurs amants de cœur, elles n’hésitent pas à saigner leur père, le réduire petit à petit à la mendicité et finalement à le faire mourir.

Un autre personnage tisse le lien funeste entre père et filles, Eugène de Rastignac. C’est un jeune homme ambitieux, provincial noble et désargenté. Il monte à Paris pour y faire son droit, mais surtout pour y faire bonne fortune et devenir quelqu’un. Encore innocent car non exposé au vice, il se propose d’apprendre très vite les roueries du Faubourg Saint Germain, conscient de devoir en passer par là pour arriver dans la vie. Il devient le confident de sa cousine, madame la vicomtesse de Beauséant, reine des salons parisiens, qui l’introduit dans le monde ; devient le protégé d’un ancien forçat évadé, Vautrin alias Trompe la mort puis enfin l’amant de la belle Delphine de Nucingen. L’ascension sociale comme dans Bel Ami de Maupassant se fait par les femmes. Peu de place est faite ici pour les vrais sentiments qui finissent enterrer dans les campagnes ou railler en place publique. Madame de Beauséant, véritablement éprise de son amant, le marquis d’Ajuda-Pinto en fait les frais. Trahie, délaissée puis raillée elle fuit le monde et cache sa douleur en province.

Le vice vainqueur de la vertu est un thème proprement balzacien. Il est amplement développé dans le personnage de Goriot qui incarne la bonté sacrifiée. L’amour du père pour ses filles, poussé à l’extrême, est pathologique et remplace la monomanie du Père Grandet pour l’argent. Elles sont ses pièces d’or, tout son trésor -celui pour lequel il sacrifie sa fortune, son honneur et sa vie.

A soixante neuf ans et après avoir richement marié ses deux filles, l’ancien vermicellier Goriot, prend un appartement à la pension Vauquer tenue par la veuve du même nom. Encore bien portant, il attire au début l’attention de la veuve, à l’affut d’un possible prétendant. Très vite l’intérêt tourne court. Les pensionnaires sous la houlette de madame Vauquer rabaissent Goriot à mesure que sa bourse se vide car chaque visite de Delphine et Anastasie équivaut à une nouvelle demande d’argent pour alimenter les frivolités des jeunes femmes. Goriot troque son logement pour un autre moins confortable puis finalement pour une chambre délabrée dans les combles du bâtiment. De façon paradoxale, plus ses moyens financiers et sa reconnaissance sociale baissent et plus il monte les étages de la sombre pension.

Rastignac prend en pitié Goriot, bientôt surnommé dans la pension par condescendance « le Père » Goriot. Eugène est tiraillé entre son inclination pour Delphine et sa compassion pour le bonhomme exploité par tous. De façon similaire il oscille entre l’appel de la vertu incarnée par sa famille (mère et sœur) en province et l’attrait du vice dans la personne de Vautrin. Tel Méphistophélès voulant s’emparer de l’âme de Faust Vautrin cherche à corrompre le jeune homme et le faire tremper dans une sordide affaire de duel qui lui permettra finalement d’épouser une pauvre mais riche héritière de la pension, Victorine Taillefer. Vautrin ne pourra pas jouir des résultats de son complot. Repairé par la police, il tombe dans un traquenard mené par une des pensionnaires, Mademoiselle Michonneau. Celle-ci permet son arrestation en faisant tomber le masque du bon bourgeois et en révélant sa véritable identité de forçat évadé et de voleur de grand chemin.

Si nombre de personnages ont une psychologie fouillée et jouent un rôle important dans le roman (pour exemple Vautrin), Rastignac n’en reste pas moins la véritable clef de l’intrigue, le point névralgique de l’œuvre – celui vers lequel convergent tous les intérêts et autour duquel tout se resserre. Là encore, rien de nouveau dans cette technique. Bien souvent les romans de Balzac mettent l’accent dans leur titre sur un personnage précis, le père Goriot, Eugénie Grandet, la Cousine Bette, ou même Madame de Morsauf alias Le lys dans la Vallée. Le roman, lui, choisit souvent de mettre ces héros éponymes en lumière grâce à l’aide d’un second personnage dont l’ampleur grandit au fil des pages au risque même de supplanter le soi-disant personnage principal. Dans Le père Goriot, il s’agit de Rastignac et de son apprentissage de la vie (éducation à la fois sociale, politique et sentimentale) ; dans Eugénie on pense au Père Grandet, dans Bette à la terrible Valérie Marneffe et dans Le Lys à Félix de Vandenesse.

Rastignac, tout comme Félix de Vandenesse, n’est ni entièrement méchant, ni foncièrement bon. Ainsi il continue à voir et aimer Delphine en dépit de l’ingratitude notoire de celle-ci envers son père, il consent aussi par passivité et faiblesse au pacte proposé par Vautrin. En revanche il reste, avec son ami Bianchon, étudiant en médecine, au chevet du père Goriot agonisant ; il l’accompagne dans ses derniers moments, et enfin suit seul le cercueil du bonhomme vers le cimetière du Père Lachaise.

Goriot, quant à lui, n’est envisagé que sous l’angle de la générosité et du sacrifice, voire même peut-être de la bêtise. Son obsession paternelle lui fait accepter toutes les servitudes et tortures. Comme le saint des Evangiles il se laisse percer de flèches et n’accède à la béatitude que par le renoncement et l’acceptation de la douleur.
Une dernière lance mettra fin à son martyr. Delphine et Anastasie, dans une scène mélodramatique, s’entre-déchirent sous ses yeux comme des rapaces pour savoir laquelle des deux arrivera à arracher le plus d’argent au vieil homme. A bout d’énergie et effrayé par tant de violence, Goriot fait une apoplexie. Après une longue agonie, il s’éteint, seul et sans ses chères filles qu’il réclame en vain mais qui lui préfèrent un bal du Faubourg Saint Germain.

Le Père Goriot est un roman fondateur, il développe un grand nombre de thèmes et de personnages qui réapparaissent ensuite, à maintes reprises, dans la Comédie Humaine. C’est aussi, comme Balzac lui-même l’avait décrit, un roman de mœurs qui montre Paris en contraste avec la province, décrit salons, politique et époque. Enfin c’est le roman d’une société souvent sans cœur, volontiers amorale où Bien et Mal s’affrontent toujours et où ne triomphent que les plus forts.

Un an avec Balzac s’achève et les quatre romans majeurs proposés : Eugénie Grandet, Le Père Goriot, Le lys dans la Vallée et La Cousine Bette donnent un avant goût des quatre-vingt dix autres à peine évoqués. Que nous reste-t-il ? Un fourmillement d’idées, de passions, de contradictions, l’impression d’avoir assisté à la création d’un monde, c’est-à-dire dans ce qu’il a de plus et de moins beau, dans toutes ses facettes et sa complexité.
Et il nous reste surtout une envie, celle de poursuivre la lecture de l’œuvre à travers tous les autres romans, nouvelles, essais dont regorge la Comédie Humaine. Bonne lecture et bonne continuation!

L’intrigue se déroule essentiellement autour de trois personnages centraux, aussi disparates les uns des autres que possible, de par leur âge, leur milieu social, et même leur nationalité. Une concierge tout d’abord, Renée Michel, dont la description physique fait frémir, c’est une sorte de sorcière de contes de fée que le lecteur s’attend à tout moment à voir se transformer en princesse, puis ensuite une petite fille prénommée Paloma, décalée du monde qui l’entoure par un génie précoce et quelque peu malsain, et enfin un Japonais, Kakuro Ozu, cultivé, exotique et étrangement sympathique.
Le mélange est détonant, complexe à souhait, comme la structure du livre d’ailleurs –parfois chaotique et difficile à suivre. Le narrateur change en permanence et n’est pas toujours facile à identifier. L’exercice sent parfois la contrainte.

Un immeuble est le trait d’union de ces trois personnages que rien au préalable ne rapproche. Il est situé 7 rue de Grenelle à Paris. L’immeuble est cossu et c’est là que vivent plusieurs familles, bourgeoises, désabusées, pseudo intellectuelles, riches aux cœurs pauvres. L’univers du roman comme chez Perec se déroule presque exclusivement dans cet espace clos, les personnages évoluant d’un appartement à l’autre.

Au centre de l’immeuble, une concierge devant laquelle tout le monde passe sans l’apercevoir jamais ; un être d’exception cependant, perle rare cachée au fond de son huître, qui apeurée cache sa véritable beauté sous un aspect repoussant de « rombière » au « dos voûté », à « la taille épaisse », aux « jambes courtes », aux « pieds écartées » et à la «pilosité abondante ». Veuve, elle vit seule avec ses livres et en compagnie de son chat, Léon (« parce que Tolstoï »). Pétrie de littérature et de philosophie elle observe le monde ou plutôt cherche à le fuir en trouvant refuge et raison d’être dans sa différence et sa supériorité insoupçonnée.

Deux personnes néanmoins sauront grâce à leur générosité et leur authenticité percer le secret si bien gardé.

Paloma tout d’abord, la plus jeune des Josse, douze ans, fille d’un député et d’un docteur es lettres, elle est une pre-adolescente surdouée, mal dans sa peau, fascinée par la culture japonaise et en rébellion contre sa famille bourgeoise. A la stupéfaction du lecteur au début du roman elle avoue planifier avec minutie son suicide ainsi que l’incendie de l’appartement familial et s’est donnée pour date le jour de son prochain anniversaire, soit le 16 juin (hasard ou non, le jour n’est pas sans rappeler celui même choisi par Joyce dans Ulysses, connu maintenant comme bloomsday). Paloma suspecte en Mme Michel noblesse de coeur et profondeur, attributs qu’elle recherche vainement dans le reste de son entourage. C’est Paloma qui, pleine de soupçons quant à la présumée médiocrité et ignorance de Renée, fournit au lecteur une explication au titre du roman qui -avouons-le- semble quelque peu opaque au premier abord. Renée y est comparée au hérisson, présentant sous une cuirasse revêche une élégance en dehors du commun « Mme Michel, elle a l’élégance du hérisson : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j’ai l’intuition qu’à l’intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes ».
Elle devient donc, malgré la différence d’âge et de milieu, l’amie de Renée. Grâce à cette amitié et celle de Kakuro Paloma finit par trouver un sens à la vie et renonce à la fin du roman à se donner la mort.

Kakuro Ozu, enfin, est l’autre habitant de l’immeuble qui dès son aménagement rue de Grenelle remarque d’emblée la grandeur d’âme de cette étrange concierge. Il cherche alors à l’apprivoiser, lui offre un livre Anna Karénine de Tolstoï « en hommage » à son chat, et l’invite chez lui à dîner, puis à voir un film avant de passer familièrement chez elle pour un thé. Renée, découverte mais séduite, se laisse aller à la gentillesse de Kakuro et elle accepte son amitié, avant de disparaître tragiquement dans un accident, fauchée en sortant de chez elle par « une camionnette de pressing » (difficile de peindre la mort sous un aspect plus grotesque).

Autour de ces trois personnages gravitent plusieurs types. Le plus fascinant est celui du critique gastronomique Pierre Arthens « un vrai méchant », selon Paloma. Homme aigri, malade, il finit par mourir, laissant le pas à Kakuro, prochain occupant de son appartement. Le personnage d’Arthens est doublement intéressant puisqu’il est aussi le caractère central d’Une gourmandise, autre roman de Muriel Barbery. Dans Une gourmandise Barbery raconte en détails la vie et la mort du critique gastronomique qui à l’agonie désespère de retrouver une saveur perdue dans les méandres de sa mémoire. La recherche proustienne aboutira à une surprenante révélation et permettra à l’auteur de très belles réflexions sur les mets, l’art culinaire et la culture (je renvoie notamment à l’épisode des sardines grillées et celle du poisson cru). Dans L’élégance du hérisson Barbery prend en quelque sorte de l’altitude et ce n’est plus au niveau de l’appartement qu’elle se situe mais au niveau de l’immeuble entier. Renée, entre aperçue dans Une gourmandise, devient alors le personnage central autour duquel le monde tourne.

Dans L’élégance du hérisson Barbery propose des réflexions sur les valeurs humaines, sur la beauté, apparente et cachée des êtres et des choses, sur l’amitié enfin. Elle aime nous fournir des définitions et ne manque pas d’humour en brossant des situations aussi comiques que farfelues. On pense ici à plusieurs passages hilarants, celui sur l’accouplement des deux chiens, assouvissant leurs pulsions sexuelles sous les yeux horrifiés de leurs deux bourgeoises de maîtresses, devenues otages des deux bêtes en chaleur, un autre relatant l’expérience traumatisante de la chasse d’eau chez Kakuro pour toujours associée au Requiem de Mozart ou encore celui montrant la lutte frénétique de deux bourgeoises faisant les soldes et soudainement prêtes à « tuer pour un tanga rose fuchsia ».

Le style de Barbery est fluide et s’adapte aux différentes voix du texte. Il couvre ainsi plusieurs registres de langage, allant du plus châtié, voire ampoulé «il entreprit avec une vindicte faconde de me narrer la disparition de sa trottinette » au plus familier et caustique «la fille d’une garce en manteau de fourrure », « elles ne peuvent pas beugler à leurs chiens d’arrêter de se renifler le cul ou de se lécher les coucougnettes ». Pour mieux cerner l’idée ou pour augmenter l’aspect comique elle crée volontiers des mots valises qui prennent valeur de substantif « Monsieur-j’ai-mis-au-monde-une-pustule » ou « Monsieur-je-suis-le-père-d’un-crétin » (alias le père de Tibère, ami de Colombe et sœur de Paloma) ou encore « la-grenouille-intellectuelle-de-gauche » (alias la mère de Paloma).

Au final, une lecture agréable, intelligente et quelques personnages attachants.

Mes citations préférées :

« Il faut se donner du mal pour se faire plus bête qu’on est »

«Je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté »

« C’est une femme que la vulgarité n’atteint pas, bien qu’elle en soit cernée »
(dit Renée de Manuela, la femme de ménage portugaise)

« Peut-être les Japonais savent-il qu’on ne goûte un plaisir que parce qu’on le sait éphémère et unique »

Et enfin décrivant une peinture et donc au sens plus large avançant une tentative de définition de l’Art, c’est… «.. la plénitude d’un moment suspendu arraché au temps de la convoitise humaine ».

Première partie : Chapitre I-IX (13 -124)

Le livre commence comme un roman de chevalerie, Solal, en jeune héro épique et glorieux, arrive à cheval chez sa belle, se cache dans sa chambre et lit en l’attendant son journal intime – journal qui révèle au lecteur le passé d’Ariane, jeune aristocrate genevoise née d’Auble et épouse du petit bourgeois Adrien Deume. Solal a fait le projet de séduire Ariane, qu’il a aperçue brièvement lors d’un dîner de gala et dont il est tombé de suite fou amoureux. Mais c’est en vieillard édenté qu’il lui déclare sa passion espérant follement, naïvement, qu’elle oubliera son âge et sa prétendue laideur pour répondre à sa flamme – femme élue dont la pureté rachètera toutes les autres – nouvelle Eve au cœur pur. La belle, hélas, prend peur et lui lance au visage un verre qui le blesse. Furieux de s’être trompé, il retire son masque et lui jure de revenir la séduire mais cette fois, de la manière qu’elle mérite, soit bassement et en employant tous les vils stratagèmes de la conquête amoureuse.
On apprend ensuite que ce même Solal n’est autre que le supérieur hiérarchique d’Adrien Deume, le mari ambitieux et médiocre d’Ariane. Petit fonctionnaire de la Société Des Nations, Adrien est incroyablement paresseux et ne sait que trouver pour éviter d’avoir à travailler. La partie se termine sur la promotion surprise accordée par Solal à Deume qui alors ivre d’ambition et de reconnaissance invite son chef à un dîner de réception chez lui.

Etude de passages/thèmes

1. Genre épique et introduction du personnage central, Solal.
Page 13 « Descendu de cheval » jusqu’à page 16 « Sur le lit, un cahier d’école. Il l’ouvrit le porta à ses lèvres, lut. »
L’écriture de Cohen est exaltée et oscille entre archaïsme, préciosité et mysticisme. Le début déroute et ne répond pas au début traditionnel d’un roman du XXe siècle (influence des romans chevaleresques, courtois ainsi que de la bible Cantique des Cantiques).
2. Paresse exemplaire d’Adrien Deume, incapable de travailler
Page 61 « Et maintenant au boulot, mon petit vieux » jusqu’à page 63 « Bon, on lirait la saloperie demain matin, d’un seul trait ! » – Calcul des congés et privilèges que lui donne son statut de fonctionnaire international
Page 98 « Tu vas voir, je vais te faire le compte des jours où je ne travaille pas » jusqu’à page 102 « C’était bon tout de même de tout partager avec sa femme »
3. Servitude devant le chef – véritable prostitution
Page 115 « Chaste et timide, bouleversé par ce sublime attouchement.. » jusqu’à page 116 « C’était la plus belle heure de sa vie ».

Seconde partie : Chapitre X-XXXVI (127-459)

Les cinq cousins de Solal, venant de Céphalonie et prénommés Saltiel, Pinhas dit Mangeclous, Mattathias, Michaël et Salomon, ou bien encore appelés les Valeureux, arrivent à Genève pour rendre visite à leur parent. Saltiel, effrayé par les confessions de Solal sur ses attirances pour une Chrétienne, se donne pour but soit de lui trouver une jeune femme juive, belle et bonne à marier, ou soit de rencontrer Ariane et de la convertir au judaïsme. Pendant ce temps Les Deume, père, mère et fils, préparent un dîner pompeux sensé impressionner le chef d’Adrien. Mais Solal ne vient pas, leur faisant faux bond au dernier moment et les laissant mijoter des heures à l’attendre. Peu de temps après Adrien Deume reçoit un ordre de mission l’éloignant pour trois mois de Genève ainsi qu’une invitation à dîner chez Solal le soir de son départ. Adrien s’y rend, seul ; Ariane irritée par l’attitude servile de son mari et connaissant la véritable raison de l’invitation, refuse de l’accompagner. Désireux de plaire Adrien se comporte avec artifice et empressement devant le maître, puis par discretion se retire bientôt lorsqu’il apprend qu’une jeune femme vient d’arriver au Ritz pour Solal. Adrien est loin de se douter qu’il s’agit de son épouse, prise soudain de remords à l’idée de n’avoir pas accompagné son mari. Il se rend à la gare alors qu’Ariane arrive au Ritz. Une scène de séduction peu banale se joue ensuite entre les deux protagonistes. Solal donne trois heures à Ariane pour tomber en amour, subjuguée par son discours ou bien lui promet de promouvoir à nouveau son mari si elle lui résiste. Patiemment il démonte alors tous les manèges et toutes les vanités de la conquête amoureuse, et séduit Ariane en employant justement les armes qui visent à détruire cette séduction. De rebelle et agressive, Ariane devient silencieuse puis songeuse pour enfin se prosterner en esclave devant son seigneur. C’est sur la première nuit des amants et sur le chant de leur amour partagé que se termine la seconde partie.

Etude de passages/thèmes

1. Le dîner – Un menu Rabelaisien
Page 185 « C’est une surprise pour Adrien» Jusqu’à page 187 « Adrien et moi, nous nous chargerons de la conversation »
Le dîner – Premier calvaire de l’attente
Page 222 « Les trois se tenaient debout, n’avaient pas le courage de s’asseoir… » jusqu’à page 225 « Vraiment, Adrien, je ne comprends pas que tu sois distrait à ce point. »
Le dîner – Deuxième martyre des trois Deume
Page 239 « Dix heures sonnèrent en même temps à la pendule Neuchâteloise» jusqu’à page 242 « Dans dépenses personnelles d’Adrien, dit-elle en se levant. Bonne nuit je vais me coucher. »
2. La scène de séduction – chapitre entier page 385 à 439 –
Dégager tous les manèges de la conquête amoureuse
Choisir un passage (par étudiant) pour lecture et explication en classe
3. Réflexions des amants contrastent avec celles du mari
Montrer en quoi il y a ici deux textes qui s’entrecroisent (Séparer discours d’Adrien du discours des amants)
4. Chant d’amour – ferveur presque religieuse
Page 456 « Sainte stupide litanie » jusqu’à page 459 « Amour, ton soleil brillait en cette nuit, leur première nuit. »

Albert Cohen est né en 1895 dans la communauté juive de Corfou, en Grèce. Au XV et XVIe siècle les Juifs persécutés et chassés d’Espagne et d’Italie s’exilent, certains s’établissent sur l’île de Corfou. A la fin du XIXe siècle il existe deux communautés juives : la pugliese dont les membres parlent à la fois le dialecte des Pouilles et le dialecte vénitien et à laquelle appartient la famille de Cohen, l’autre appelée communauté des Grecs, dont les membres sont originaires de l’Epire et qui parlent le grec en famille.
Après la faillite de la fabrique de savon familiale les parents de Cohen s’exilent en France, à Marseille ; Albert n’a que cinq ans. Les parents tiennent un petit commerce d’œufs et d’huile. A l’âge de treize ans Cohen retourne pour sa barmitzvah (majorité religieuse) sur l’île de corfou. Il est ébloui par l’orient ainsi que par ses origines natales et juives. De retour à Marseille il fait la connaissance au lycée de Marcel Pagnol, l’ami d’enfance, avec lequel il restera lié jusqu’à la mort. Cohen est par ailleurs un enfant solitaire (enfant unique) qui connaît l’humiliation d’être juif et de parler le français différemment.
Il poursuit des études de droit puis de lettres à Genève et obtient la nationalité suisse en 1919. Il se marie avec une citoyenne suisse Elisabeth Brocher dont il a une fille Myriam. Les deuils frappent Cohen. En 1924 alors qu’il n’a que trente ans, Elisabeth, sa femme meurt de maladie. Il tombe ensuite amoureux d’Yvonne Imer pour laquelle il rédige son premier roman Solal, elle meurt elle aussi en 1929 de crise cardiaque. En 1931 il se remarie avec Marianne Goss, dont il divorce en 1947, puis plus tard en 1955 il épouse Bella Berkovitch à laquelle il dédiera Belle du Seigneur. Il vit tour à tour à Corfou, puis en France, à Londres et en Suisse.

Cohen déconcerte et est un auteur difficilement classable. Les clichés le réduisent souvent à un romancier de l’amour ou bien à un écrivain juif. C’est avant tout un homme discret, pudique dont personne ne connaît vraiment la vie privée. On sait qu’il est de nature maladive. Il souffre entre autres d’asthme, de bronchites répétées, de dépression et d’anorexie. Sa fragilité alliée aux événements dramatiques qui frappent sa vie privée explique sans doute son obsession de la mort. Les thèmes de la mort et du suicide seront présents dans toute son œuvre.
Il travaille pendant des années comme fonctionnaire international et s’acquitte avec sérieux de ses activités professionnelles même si le rôle ne lui est pas inné.
En public il donne l’apparence assez stricte de petit-bourgeois (costume du fonctionnaire international).
En octobre 1981 Cohen fait une chute dans son appartement, il ne s’en remettra pas et meurt des suites de son accident.

Œuvres majeures de l’auteur

Solal (1930)
Mangeclous (1938)
Le livre de ma mère (1954)
Ezéchiel (1956)
Belle du seigneur (1968)
Les Valeureux (1969)
O vous frères humains (1972)

Belle du Seigneur

Belle du seigneur paraît en 1968 et reçoit le prix de l’Académie Française. Cohen est âgé de 73 ans à la sortie du roman et est encore inconnu du grand public. C’est le résultat d’une longue gestation, puisqu’il lui aura fallu trente ans entre les premiers écrits et la publication finale du roman.
Dès sa parution son oeuvre est comparée à celle de Proust, Musil et Joyce par certains critiques qui d’emblée reconnaissent là un monument littéraire, voué à dépasser les phénomènes de mode (l’intronisation dans la bibliothèque de La Pléiade ne fera que conforter cette première idée).

Deux livres clefs semblent avoir particulièrement influencé Cohen lors de la rédaction de son roman : La bible et Les Mille et une nuits.

Belle du seigneur est tout d’abord l’histoire d’amour d’un homme et une femme, de la naissance de leur passion, à son apogée, jusqu’à sa dégradation et finalement sa destruction. L’auteur détruit patiemment le mythe de la passion amoureuse (amour occidental) puisqu’elle repose sur de faux idéaux tels que la jeunesse, la beauté et la sensualité. L’amour sublime, pur et heureux n’existe pas.
Pour Cohen il y a d’un coté l’amour fou ou l’amour passion, de l’autre l’amour biblique. Perçu sous l’angle du péché et de la tentation, l’amour quand il n’est pas biblique est inévitablement sanctionné par la mort. Selon lui, le véritable amour est mué par la pitié et non le désir (vison éminemment pessimiste). Sur ce point il écrit dans Le livre de ma mère : « Elle ne s’était pas mariée par amour. On l’avait mariée et elle avait docilement accepté. Et l’amour biblique était né, si différent de mes occidentales passions. Le saint amour de ma mère était né dans le mariage, avait crû avec la naissance du bébé que je fus, s’était épanoui dans l’alliance avec son cher mari contre la vie méchante. Il y a des passions tournoyantes et ensoleillées. Il n’a pas de plus grand amour »

Ariane, oisive et narcissique (sorte de Bovary aristocrate), s’ennuie auprès d’un mari médiocre et rêve de sublime. Toutes les conditions sont donc requises pour que Solal, beau, séducteur et chef hiérarchique d’Adrien Deume, son pathétique mari (grotesque et ambitieux), la séduise. Solal est un Don Juan prêt à toutes les manœuvres pour arriver à ses fins (cf. scène de la conquête planifiée comme une bataille militaire) mais il est aussi épris d’idéalisme et recherche dans chaque nouvelle conquête l’amour biblique, cet amour pur et désintéressé ou n’entre en jeu ni beauté, ni désir, ni jeunesse, ni richesse.
L’adultère consommé, l’idylle amoureuse sera de courte durée, et les désillusions tourneront à l’enfer avant de finalement pousser le couple au suicide.

Personne n’est dupe dans l’histoire, ni les personnages, ni le lecteur puisque Solal joue carte sur table et révèle dès le début les pièges utilisés pour séduire Ariane. Cependant on ne résiste pas et on se laisse facilement entraîner par cet hymne à l’amour.
Cohen arrive à créer dans son roman de véritables types littéraires comparables aux héros des grands mythes.

Belle du Seigneur est aussi l’histoire d’un monde, celui de la bourgeoisie protestante de Genève et des milieux internationaux (diplomatiques) d’avant la seconde guerre mondiale. Féroce, Cohen nous montre les dessous peu reluisants de ce petit monde, dévoré par l’ambition, la reconnaissance sociale et l’appas du gain. Il campe avec humour et dérision les Deume, arrivistes incultes, et crée avec Antoinette Deume un personnage qui n’est pas sans rappeler Madame Verdurin dans La Recherche (cf. Proust À la recherche temps perdu).

Il aborde enfin le thème du Juif exilé, errant, élu et persécuté, déchiré entre des sentiments d’assimilation et de rébellion. (Désir à la fois d’intégration et d’indépendance pour rester fidèle à sa judéité et sa différence). Il y a chez Cohen une sorte d’exaltation d’être juif (Cf. personnages des cinq Valeureux, les cousins de Solal). Sa judéité apparaît encore dans son humour et cette façon caractéristique de savoir rire de ses propres malheurs.

Structure et style de Cohen

Le roman, volumineux, se compose de sept parties et de cent cinq chapitres. Il est dédicacé « A ma femme » soit Bella à cette époque, ou tout simplement à la femme, la muse puisque c’est dans la femme aimée que Cohen trouve son inspiration créatrice (Cf. premier roman écrit pour Elisabeth)
S’il était un élève moyen, il avait en revanche un don exceptionnel pour les langues étrangères et un amour profond de la langue française.
Son écriture illustre ce talent. Son style foisonne d’expressions et sa prose se fait volontiers incantatoire. Les répétitions fréquentes donnent au texte une particularité serpentine où les phrases semblent s’enrouler sur elles-mêmes. « Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire » (incipit – donne le ton au roman qui va suivre).
L’auteur aime aussi à inverser les éléments de la phrase (commencer par le complément, continuer par le verbe, puis enfin aboutir au sujet) ou bien il n’hésite pas à utiliser à outrance les participes présents ajoutant à chaque fois une information supplémentaire à la phrase. Son style se fait parfois précieux, fleuri même (bouture de mots qui jaillissent au fil du texte).
Dans son maniement de la langue il se montre donc plus poète que romancier. Ses livres gagnent d’ailleurs à être lus à haute voix. Cohen avait l’habitude de dicter ses textes, de les faire vivre à travers la voix et le rire.