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beauté

Chicago le 19 février 2017.jpg

A Chicago, un dimanche de février.
Tout devrait être immobile dans la glace.

Aujourd’hui pourtant,
le jour se pare de bleu et de vie.

Il est midi, près du lac.
Le microcosme de la ville se retrouve.
Epaules dénudées, pieds enfin libérés.

A l’horizon, un trait rose traverse un fin duvet blanc,
ciel et eau se confondent presque.
L’image est irréelle, comme retouchée.

Les pique-niques s’improvisent au son de radios calées entre deux pierres.
Les livres s’ouvrent puis se referment sur les visages endormis.
Les heures passent.
Jeux d’enfants, vélos azurés, coureurs aux maillots fluorescents.

Emerveillé, tout le monde devient photographe.
De gros appareils pendent parfois même au cou des badauds.
La caméra prolonge le regard,
Elle cherche à immortaliser la sensation de joie qu’engendre un jour printanier au cœur de l’hiver.

Lentement les armures tombent.
Etourdis par l’air chaud et les premiers rayons de soleil, les passants se voient enfin.
Bouches mollement arrondies, ils se sourient – heureux sans trop savoir pourquoi.

Le bleu du lac rejaillit au fond des yeux.
Seul ou non, chacun se retrouve entouré.
Le tableau force l’admiration.

Un nuage soudain dessine des tâches sur la surface étale,
cercles et volutes blanches

capturent l’attention.
Le temps oscille entre harmonie et beauté.

Chicago le 19 février 2017 -2.jpg

 

Salon photo pour blog

 

La musique de chambre était jouée par les membres de l’Orchestre Symphonique de Chicago (CSO) et de l’Opéra Lyrique : Liba Shacht, Carol Cook, John Sharp

et le tour littéraire à travers la vie et les écrits de Madame de Staël mené par: Isabelle David, Adam Hilevsky et Melisha Mitchell.

 

 

Luigi Boccherini (1743-1906), Sonata for Violin and Cello
Allegretto spirito
Vivace
Grave
Allegro assai

Ludwig van Beethoven (1770-1827), String trio in C moll Opus 9 Nr3
Allegro con spirito
Adagio con espressione
Scherzo, Allegro molto e vivace
Finale, Presto

 

harpe 2Un autre endroit, mais toujours les bords de l’eau, Chicago River coule en bas et se jette plus loin dans le lac. La lumière se reflète dans les immeubles d’en face, un fin rayon de soleil direct éclaire la pièce où se regroupent quelques privilégiés. Les doigts comme animés d’une vie propre se lancent, déchirent le tissu des conversations amorcées.
17h30, concert privé chez Isabelle Olivier qui joue ses dernières compositions.

Deux ans plus tard, l’opéra librement inspiré du Baron perché de Calvino prend son élan ; il est fini quasiment pour la partie orchestrale et l’instrument central : la harpe. D’autres viendront s’y joindre : guitares, contrebasses, violons, voire synthétiseurs. Des voix aussi, un quatuor composé de deux hommes et deux femmes.

La harpe, point central, seul représenté pour le concert de ce soir, se donne à fond, cordes, bois, coffre, chevilles, pédales et boutons. Rien n’est laissé de côté et tout participe avec intensité. Côme monte dans l’arbre, fuit la société d’une branche à l’autre, impose sa liberté entre ciel et terre. On ferme les yeux, se laisse porter par une musique nouvelle, si loin des représentations traditionnelles liées à cet instrument.

Etre à quelques centimètres de la harpe, la sentir vibrer et remplir l’espace est unique et ne se retrouvera sans doute pas dans l’opéra final, où elle se fera guide, donnera le ton, mais n’aura plus l’exclusivité. Je profite donc du moment.

Un concert vient d’être donné cet été près de Paris, une magnifique création incluant une quarantaine d’artistes, le tout dans la féérie d’un château médiéval. D’autres représentations sont prévues au printemps et à l’été prochains à Chicago, en salle et en plein air….

Une histoire musicale à suivre donc, perchée entre Paris et Chicago.

La plus belle de mes vignettes estivales,
Deux perles rayonnantes vers lesquelles je tends
Deux grands yeux au monde innocents, un regard franc
Que rien encore n’a pu toucher, si loin du mal !

La vie coule dans sa prunelle émeraude
Minérale et précieuse, toujours mutine
elle me raconte une histoire cristalline
Et parle sans mot dans une langue chaude.

Les traces de jeunesse en mille flammettes
Aux beaux jours jaillissent au front des pommettes
Adoucissent le visage en amande

De joie, le nez se plisse, puis se retrousse,
ne laissant qu’une tendre petite frimousse,
Un air câlin qui chaque matin me transcende.

les yeux de Paul

Citronnier NarbonneTrois pièces entourent l’atrium, comme auraient dit les Latins, toutes partagent la même vue, celle d’un citronnier devenu géant au fil des ans. Les fruits pendent agglutinés les uns aux autres ; oblongs ils ont l’écorce rugueuse et dure, passent du vert foncé au vert tendre, puis au jaune éclatant. Ils ont peu de jus, quelques gouttes seulement qu’il faut extraire avec patience – une essence intense à l’arôme âcre et riche. Les feuilles denses protègent les agrumes et apportent la fraîcheur au lieu.

Je jette un regard furtif sur l’atrium ensoleillé et repense au magnifique poème de Goethe, sur le pays où poussent les citronniers. L’Italie pour lui et toutes ses promesses de joie, le midi plus simplement pour moi, suave et généreux.

Kennst du das Land, wo die Zitronen blüh’n,
Im dunkeln Laub die Goldorangen glüh’n,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht,

Dahin! Dahin
Möcht’ ich mit dir, o mein Geliebter, zieh’n.

Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder stehn und seh’n mich an:
Was hat man dir, du armes Kind, getan?
Kennst du es wohl?

Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, zieh’n.

Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg;
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl?

Dahin! Dahin
Geht unser Weg! o Vater, laß uns zieh’n!

Gedicht von Goethe –  “Mignon”