Le lys dans la Vallée ou la “fine amor” revue par Balzac

Blanche alias Henriette de Mortsauf, est la femme angélique, idéalisée et associée à l’image du Lys de la vallée (la vallée c’est la Touraine bien-sur et les alentours de Saché si chers à Balzac).
Mariée, mère de famille, Mme de Mortsauf s’éprend du jeune Félix de Vandenesse mais refuse de jamais lui céder. Elle réclame tout à la fois pureté, chasteté, fidélité et obéissance. Leur amour s’épuise en bouquets, en promesses, lettres, soupirs et désirs refoulés jusqu’à ce que Félix succombe finalement au plaisir charnel dans les bras de Lady Dudley.

« L’ouragan de l’infidélité » sera fatal à Henriette et le Lys « comme trop chargé de pluie » finira par s’étioler et mourir. Ce n’est donc qu’au prix de sa vie qu’elle saura préserver sa pureté.

L’amour que voue Mme de Mortsauf à Félix, par sa force, son intransigeance et ses codes, n’est pas sans rappeler l’amour courtois du Moyen-âge.

Mais qu’entend-on par amour courtois ou encore « fine amor » ?

La « fine amor » est un idéal amoureux inventé par les troubadours au XIIe siècle. En tant que mouvement littéraire et culturel il contribue de façon essentielle à la littérature universelle.
C’est l’amour parfait ou plus exactement l’amour porté à la perfection, l’art d’aimer, l’amour par excellence. L’amour humain est sublimé en amour divin, la passion devient mystique.

Tristan et Iseut, mythe célèbre qui traverse le temps et inspire un nombre impressionnant d’œuvres d’art, illustre les thèmes chers à l’amour courtois car dans la « fine amor » il y a toujours association entre amour, souffrance et mort. Les troubadours jouent d’ailleurs volontiers avec l’homophonie qui existe entre « l’amor » et « la mort ». L’idée en soi n’est pas particulière à l’âge médiéval car elle est déjà développée chez les poètes latins comme Ovide, elle prend cependant une ampleur extrême au Moyen-âge.

Les hypothèses sont nombreuses quant à l’origine de la « fine amor» (notons qu’on garde en français moderne l’expression « fine fleur » pour exprimer un caractère de perfection, d’excellence).

On évoque généralement :

• La thèse folklorique (chansons liées au cycle des fêtes populaires et des saisons)

• La thèse cathare, développée par Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident. Selon Rougemont, le lyrisme courtois serait inspiré par l’atmosphère religieuse du catharisme. Les deux mouvements sont simultanés dans le temps (naissance et mort de la « fine amor » parallèle au catharisme qui s’éteint avec la croisade contre les Albigeois entre 1209-1229). « Est-ce pure coïncidence, si les troubadours comme les cathares glorifient – sans toujours l’exercer – la vertu de chasteté ? Est-ce pure coïncidence si, comme les purs, ils ne reçoivent de leur Dame qu’un seul baiser d’initiation ? Et s’ils distinguent deux degrés dans le domnei (=relation amoureuse) comme on distingue dans l’église d’Amour les croyants et les parfaits ? Et s’ils raillent les liens du mariage, cette jurata fornicatio, selon les cathares ? Et s’ils invectivent les clercs et leurs alliés les féodaux ? Et s’ils vivent de préférence à la manière errante des purs qui s’en allaient deux par deux sur les routes ? Et si l’on retrouve enfin, dans certains de leurs vers, des expressions tirées de la liturgie cathare ? » – extrait tiré de L’Amour et l’Occident, Denis de Rougemont.

• La thèse arabe
Influence de la civilisation et poésie arabes sur la « fine amor ».

Les grands principes de l’amour courtois sont les suivants :
• souveraineté absolue de la Dame : C’est la dame qui dicte le jeu amoureux (important de relever cette caractéristique sachant que la société médiévale est profondément misogyne. L’idée de domination féminine est donc révolutionnaire et renvoie en l’inversant à la hiérarchie féodale traditionnelle. Ce n’est plus l’homme qui commande à un vassal, c’est la femme qui transforme l’homme en chevalier servant, en esclave (transposition amoureuse du pacte vassalique).
L’image de « la Dame sans merci » ou de « l’amant martyr » est reprise ensuite par de nombreux poètes. On pense notamment ici au poème de Keats intitulé La belle Dame sans merci.

• épreuves amoureuses : l’amant ne peut prétendre au titre s’il n’a pas satisfait aux épreuves destinées à tester ses sentiments.

• clandestinité : il s’agit presque toujours d’un amour adultère, la Dame est mariée.

• création poétique : l’amant est aussi le poète qui chante (cf. Troubadours, poètes de langue d’Oc, c’est à dire du sud de la Loire et Trouvères, poètes du nord de la Loire chantant en langue d’Oïl).

Le lyrisme des troubadours se répand ensuite au XIIème siècle dans toute l’Europe. Il donne naissance en Italie au Dolce Stil Nuovo (ex. poésie de Dante, de Pétrarque) et en Allemagne avec les Minnesingers (poètes musiciens qui chantent l’amour).
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